Règlement des conflits en chrétien
Comment un « agent de paix » qu'est le disciple de Jésus, gérera-t-il les conflits auxquels il est exposé... où dont il peut être l'initiateur?
Voilà une belle assertion ! Mais déjà qu’appelle-t-on « conflits » et pouvons-nous définir une norme « chrétienne » pour les résoudre ?
Le chrétien, source de paix !
« Conflit » : terme qui défini le choc de deux ou plusieurs entités dans des intérêts ou des positions divergentes. « Chrétienne », qui reprend l’attitude et l’enseignement de Christ comme un disciple le ferait.
La combinaison des deux termes est de prime abord, un peu surprenante : n’est-il pas enjoint au chrétien d’éviter toutes sortes de conflits ? D’être agent de paix ? « Recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur ! » est-il souligné dans Hébreux 12 :13. Quant au chrétien, il lui est demandé « qu’il cherche la paix et la poursuive… » 1.Pier. 3 11 et Jésus dans le sermon sur la montagne exhorte ceux qui l’écoutent en ces termes : « heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu » Mat. 5 :9. Devrions-nous malgré tout faire d’une chose ou d’une autre une raison de conflit ? La foi par exemple ? La question n’est pas vaine, car pendant des siècles chacun a voulu « faire rentrer dans la tête de l’autre ses vérités et conclusions théologiques et morales ». Mais là, il est souligné d’être prêt « à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » 1.Pier3 :15. Et, pour ce qui est des discussions folles et inutiles « il faut les repousser, sachant qu’elles font naître les querelles… Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles » 2.Tim 2 :23-24, tout comme il nous faut « être pacifiques, modérés, pleins de douceur envers tous les hommes » Tite 3 :2.
Les conflits...
Hélas, comme la Bible nous l’apprend et l’expérience humaine nous le démontre, les conflits naissent d’un rien, indépendamment du caractère de l’un ou de l’autre, d’une divergence d’opinion et de vue …sur ce qui est devenu (de manière rapide ou longue) un problème, tant dans le fond, la forme et ses implications. Comme l’Ecclesiaste le disait : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », et en la matière, les « conflits » n’échappent pas à la règle. On peut parler des premiers conflits : entre Lucifer et Dieu, le Serpent et l’humanité, Caïn et Abel, les antédiluviens et Noé, etc… Mais on pensera aussi à ceux survenus entre Jacob et Esau, Moïse et le peuple, David et Saül, tout comme ceux auxquels durent faire face Daniel, Esther, Jérémie, Zorobabel, etc… Parlerons-nous de la justesse d’un conflit pour le légitimer par rapport à un autre qui ne le serait pas ?
Nous touchons ici à un point sensible qui a fait naître dans l’histoire post-christique des guerres qualifiées de « justes », des querelles doctrinales, des luttes de pouvoirs « légitimes » contre d’autres qualifiés « d’illégitimes ». On se rappellera la citation d’un grand des temps anciens : « Héros ou rebelle ? Ca n’est qu’une question de géographie… ». Aussi, avant de développer la thématique du règlement des conflits, faut-il rappeler des fondamentaux qui permettront de mieux considérer ce que devraient être nos aspirations, nos buts et philosophie de vie.
Voir au-delà de l’horizon...
A plusieurs reprises, Jésus et les apôtres se sont exprimés sur le fait que nous sommes voyageurs sur la terre et qu’il ne faut pas s’attacher aux choses terrestres. De plus, concernant différentes brimades (où qui pourraient être prises comme telles), Jésus nous montre qu’il ne faut pas se rebeller.
Payer ses impôts ? Oui ! Rendre le service de faire « un Mille » comme il était coutume aux soldats romains de l’exiger de la population ? Oui ! Nous demande-t-on notre manteau ? Donnons aussi notre veste… ! Supporter un mauvais maître ? Là encore, Paul nous rappelle d’une part que nous devons obéir et faire les choses « de tout cœur, comme pour le Seigneur », mais souligne à l’égard de celui qui a autorité, qu’il doit se comporter de bonne manière. Mais est-ce tout ? Non… Il ne faut pas non plus se venger, juger et rendre le mal pour le mal ! Jésus n’a-t-il pas supporté l’injure, la moquerie, l’humiliation et la mort même ? Sur le plan spirituel, Jésus annonce même que « s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront ! ». De plus, le « bien », n’est pas que « l’absence de mal », mais : « ne vous vengez-pas vous-mêmes, bien aimé… Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien ! » Rom 12 :19-21. Ainsi, la majeure partie des causes de conflits, de colère et d’animosité peuvent se résoudre par une bonne approche de la vie et des gens.
Gérer les conflits.
Toutefois, dès que deux manières de voir s’opposent, dès que deux convictions viennent à se rencontrer et se « percuter » car par trop opposées, cela peut aboutir à un conflit. Et là, un « conditionnel » est posé sur le maintient de la paix : « S’il est possible, autant que cela dépende de vous, soyez en paix avec tous les hommes » Rom 12 :18. Dans la Bible et la société, nous voyons plusieurs manières de régler des conflits : 1. la stratégie de fuite ou évitement ; 2. la stratégie de la relativisation ; 3. la stratégie de l’affrontement violent, et finalement en 4. la stratégie de l’affrontement non violent.
La fuite
cette stratégie a été employée pour des raisons diverses et à plusieurs reprises par les personnages bibliques et Jésus : Citons Jacob qui ne voulait pas affronter en un premier temps la colère d’Esaü ; Moïse face au pharaon ; Elie face à Jezabel ; les premiers chrétiens qui devaient fuir Jérusalem lorsque les armées romaines viendraient l’investir, etc…
Plus récemment, nos frères et sœurs ont du fuir leurs pays respectifs afin de vivre ou survivre : Pensons à la guerre 1914-18 au cours de laquelle nos frères étaient contraints de fuir leurs pays car recherchés pour être emprisonnés à cause de leur conviction de non combattant, et celle de 1939-45, pour les même raisons… et en plus, pour fuir des éventuels délateurs de leur propre église d’origine. La peine encourue en était alors la déportation, les camps de concentration et la mort.
On remarquera dans ces différents cas que la fuite était envisagée selon différents critères pas toujours louables. Mais à chaque fois, le dialogue semblait impossible, les autres moyens de règlement du litige n’étaient pas visibles aux yeux du « fuyard » …et la vie était en jeu. « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre » Mat. 10 : 23. Ici comme ailleurs, le refus du conflit « manu militari » semble avoir été le facteur majeur du choix. Mais on peut aussi fuir sa responsabilité, fuir les appels de sa conscience, ce qui est une injure à Dieu et à soi-même. Ici on ne fuit plus une catastrophe inévitable face à laquelle on ne peut rien, on fuit l’objet de sa peur, non par choix éclairé, mais par couardise, par faiblesse personnelle ou encore, par manque de conviction. Dans ce cas de « fuite », la motivation du cœur donne le ton à la noblesse de l’action ou montre du doigt l’esprit faible : les fuyards ne sont pas que des « martyrs à encenser » ou des « couards à condamner ».
La relativisation
Dans ce cas, on cherche à « relativiser » le problème potentiel et la cause du problème. « Est-ce nécessaire de se battre pour ça ? », telle est la question qui se pose alors. Et, pour que le conflit ne surgisse pas on évitera alors d’en créer les conditions de l’éclosion. On voit Abraham qui ne se réclame pas de son droit d’ainé, de sa « supériorité patriarcale » face à Lot, pour choisir où il s’installera avec les siens : « si tu vas à droite, j’irai à gauche » disait-il tout simplement.
Pour ce qui est des viandes sacrifiées aux dieux, Paul dit : « ce n’est pas un aliment qui nous rapproche de Dieu : si nous en mangeons, nous n’avons rien de plus ; si nous n’en mangeons pas, nous n’avons rien de moins. Prenez garde toutefois que votre liberté ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles » 1.Cor. 8 : 8-9. Pour les cheveux long des femmes, il relativise la question et n’en fait pas une cause de problème à débattre : la chose est ainsi, point ! « Si quelqu’un se plaît à contester, nous n’avons pas cette habitude, non plus que les Eglises de Dieu » 1.Cor 11 : 15-16. Paul relativise encore pour la paix de l’Eglise : « Quand l’un dit : Moi je suis de Paul ! et un autre : Moi, d’Apollos ! N’êtes-vous pas des hommes ? Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun. J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître. Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux… » 1. Cor 3 : 5-8.
Quant à tout un chacun, dans sa vie quotidienne, Dieu a démontré à plusieurs reprises que la relativisation était de mise et qu’il ne fallait pas apporter une importance grandissime à ce qui pouvait être interprété comme des brimades. « Mieux vaut un mauvais arrangement qu’un bon procès » nous dit aussi la sagesse populaire. Sachons aussi voir que la relativisation permet de sentir si c’est notre égo, notre fierté ou notre tempérament à ne « rien lâcher » qui parle… ou notre désir de paix dans le règlement d’une affaire.
L’affrontement violent
Que dire de l’affrontement violent ? Christ n’a-t-il pas dit à certains pharisiens : « race de vipères ! Sépulcres blanchis ! » ? N’a-t-il pas joué du fouet à deux reprises dans la cour du temple ? Ne parle-t-on pas de « Sainte Colère » en parlant d’une colère qualifiée de légitime ?
Ici la prudence est à appliquer. Jésus, qui connaissait le cœur des hommes mieux que quiconque pouvait se permettre de tels comportements. Mais à nous, il nous est enjoint de ne « pas juger ». Et si la colère nous prend : « ne te couche pas sur ta colère, et que ta colère ne te conduise pas au péché ». La « violence » est d’ailleurs un terme générique : on parle de « violence morale (contraintes, cruauté mentale, exagérations, rétorsions, etc.) violence dans les propos (menaces, injures, etc.), violence dans les gestes (coups, signes d’injure, expressions provocantes et rudes, etc.), violence dans les procédures (accusations disproportionnées, interprétations diffamatoires, mensonges, jugements iniques, etc.) ».
Pour défendre ses droits, ses convictions, son intégrité, nous faut-il user de violence ? Qui mieux qu’un apôtre ne devrait donc pas user de violence ? Mais il est écrit : « Car il faut que l’évêque soit irréprochable, comme économe de Dieu ; qu’il ne soit ni arrogant, ni colérique, ni adonné au vin, ni violent, ni porté à un gain déshonnête » nous dit Paul dans sa lettre à Tite 1 :7. et être en plus « indulgent, pacifique et désintéressé » 1.Tim 3 :3, ce qui va en droite ligne de ce que rappelle David :
« L’Eternel sonde le juste ; il hait le méchant et celui qui se plait à la violence » Ps 11 :5. Jésus n’a-t-il pas dit : « Quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère : Raca ! mérite d’être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira : Insensé ! mérite d’être puni dans la géhenne » Mat. 5 :22. Ca refroidi !
L’affrontement non violent
Ici nous somme en face à l’expression résolue et pacifique. Si une affaire nous mène, après réflexion sage et prudente, à devoir se confronter à l’autre, cette dernière manière de régler les conflits en ayant à cœur « de s’exprimer sur un droit, une conviction » peut être suivit. Regardons Daniel en prière malgré l’édit royal ; les compagnons de celui-ci qui dirent au roi « nous n’adorerons pas tes dieux » ; Dieu, le peuple, des Israélites respectueux de leurs serments que rien ne pouvait changer ; la foi inébranlable en Dieu qui fait des miracles… face à l’incrédulité des hommes du monde ; la veuve face au juge inique …qui insiste jusqu’à voir son droit reconnu ; etc. Rappelons-nous toujours une parole essentielle : « Personne n’a jamais vu Dieu ; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous » 1.Jean 4 :12.
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